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Les coopératives, le journalisme et la liberté d’expression en Espagne

23 juin 2016 English ] [ français ]

Ces dernières années les groupes de presse ont procédé à des coupes sombres en Espagne et bon nombre de journalistes ont ainsi perdu leur emploi. Les jeunes journalistes qui terminent leur parcours universitaire ou qui n’ont pas trouvé un emploi exercent en freelances (médiocrement payés) ou encore travaillent gratuitement dans des stages de longue durée non rémunérés. Quelques journalistes ont trouvé une solution : ils travaillent ensemble dans des coopératives.

« Cette profession est dévalorisée. De nombreux journalistes travaillent comme freelances pour des clopinettes et même les correspondants de guerre qui ne sont parfois que de simples indépendants risquent leur vie au nom de la profession, sans assurance ni aucune protection », constate Pere Rusiñol, ex-rédacteur adjoint du Público, un quotidien grand public qui vient de cesser ses activités.

Propriété du magnat de presse, Jaume Roures, le Público a fait l’aveu de sa faillite ; 85 % du personnel ont été licenciés avant qu’un homme de paille de Roures ne reprenne l’entreprise, encore bien vivante aujourd’hui mais qui n’édite plus que des informations numériques.

Certains journalistes du Público se sont lancés dans de nouveaux médias coopératifs différents. Rusiñol a mis sur pied – avec d’autres journalistes venus principalement du journal El País (qui a fortement réduit son personnel) – Alternativas Económicas, la version espagnole du mensuel français bien connu, Alternatives Économiques. Les deux revues collaborent pour le contenu et bien que la coopérative espagnole soit petite et que beaucoup doit encore être fait pour atteindre l’équilibre financier, ses huit travailleurs sont confiants. Ils bénéficient de l’appui de 60 entreprises partenaires qui ont apporté des fonds pour les aider à lancer la coopérative. En trois ans et demi ils comptent 2050 abonnés et près de 1000 lecteurs qui achètent le magazine en rue.

Coopérativement

Comme la coopérative française les associés d’Alternativas Económicas ont décidé de créer une coopérative de travail associé parce qu’ils ont pensé que c’était le meilleur modèle non seulement pour travailler mais aussi pour préserver leur liberté d’expression.

« D’un côté cela nous assure de pouvoir décider du contenu : ce n’est pas une grande banque qui est propriétaire de la revue. Aujourd’hui en Espagne, les propriétaires des principaux médias sont les banques. Elles décident finalement ce qui est doit être publié ou non comme informations », poursuit Rusiñol, qui est également l’auteur de Papel Mojado (Chiffon de papier), un livre concernant la crise de la presse écrite. « Le modèle coopératif nous aide à assurer l’indépendance ».

Une autre coopérative prend de l’essor après « la faillite » de Público : La Marea, un mensuel qui est un mixe entre une coopérative de travail associé et une coopérative de consommateurs (les lecteurs). Il compte 2800 abonnés et emploie six personnes qui préservent leur emploi et luttent pour leur indépendance.

Pour préserver leur liberté d’expression et leur indépendance ces coopératives de travail associé de presse se sont fixé une autre règle concernant leur politique publicitaire. La Marea obéit à un code de conduite strict et accepte peu de publicité. Alternativas Económicas choisit également très soigneusement les sociétés qui peuvent insérer des encarts publicitaires dans le magazine et garantit que ceux-ci ne représenteront jamais plus de 30 % de ses revenus.

Il existe davantage d’initiatives coopératives dans le journalisme. Un autre exemple est El Critic, un quotidien numérique catalan créé en 2015 par trois journalistes issus d’un journal grand public. Les associés au projet l’appellent « slow journalism » parce qu’ils ne mettent en ligne que deux longs articles par jour (sans compter les actualités d’agences). En un an ils comptent plus de 1000 abonnés.

Les freelances

Enfin, les journalistes freelances d’Andalousie se sont réunis pour créer « Se buscan periodistas » (Journalistes d’investigation). L’entreprise fournit des services communs à tous les associés ; c’est aussi une manière de se réunir et de rechercher de meilleures solutions aux problèmes quotidiens plus facilement qu’en solitaire.