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France : La démocratie réussit aux Scop !

22 mars 2011 English ] [ français ]

Pour la première fois de son histoire, la Confédération générale des Scop (CG Scop) a lancé une grande campagne de publicité sur tout le territoire. Son but : sensibiliser le monde du travail au fait que les Scop (coopératives de production) sont des entreprises faites pour notre siècle et qu’elles constituent un modèle qui mérite d’être pris en considération.

La campagne de la CG Scop a été déclinée dans la presse écrite, à la radio et sur internet. Elle reprenait les grands principes propres aux entreprises coopératives représentés par CICOPA au niveau mondial : pérennité et ancrage local, partage des richesses, dirigeants élus par les salariés associés, le principe d’une personne/une voix dans les grandes décisions, etc.

Cette initiative arrive juste un an après le lancement de la nouvelle marque « Les Scop » et du slogan « La démocratie nous réussit ».

Une approche originale

Pour les besoins de la campagne, ce sont les salariés des Scop eux-mêmes qui ont pris la pose dans leur environnement de travail. Ils sont l’emblème de cette campagne car qui mieux que les Scop pouvaient exprimer la dimension humaine et collective de leur modèle d’entreprise ? Les photos de la campagne parue en presse écrite sont accompagnées de différents messages comme « On ne risque pas de délocaliser notre entreprise. Le conseil d’administration, c’est nous » ou bien encore « Partager les décisions, les risques, les joies, les profits, nous, on trouve ça normal ».

« Il était à la fois logique et pertinent d’impliquer les coopératives, dont les membres s’expriment dans la campagne comme ils le feraient naturellement dans la vraie vie ! Le fait que plusieurs Scop dans des secteurs d’activité très différents aient été mises en scène a également permis d’illustrer la diversité et la richesse du mouvement coopératif » confie Sylvain Cathébras de la coopérative Alma qui a participé à la campagne.
Le Mouvement des coopératives de travail en France – désormais nommées sociétés coopératives et participatives - représente aujourd’hui 2000 entreprises et plus de 40.000 travailleurs.

Le Mouvement des coopératives de travail en France – désormais nommées sociétés coopératives et participatives - représente aujourd’hui 2000 entreprises et plus de 40.000 travailleurs.

« S’ouvrir au grand public »

Président de la Confédération générale des Scop depuis 2006, Patrick Lenancker tire le bilan de cette campagne inédite en France.

QUESTION : Pourquoi une campagne sur les Scop en France ? Quel est le premier bilan tirez-vous de cette campagne ?

REPONSE : Depuis plusieurs années, les Scop ont fait des efforts pour faire davantage parler d’elles dans les médias et sur internet. Mais l’absence de notoriété de ce modèle d’entreprise est telle qu’il est apparu nécessaire pour commencer à émerger d’engager une vraie campagne de publicité, en y consacrant les moyens correspondants. Nous avons choisi la presse écrite nationale et régionale pour montrer les Scop visuellement et faire voir notre nouvelle marque. Nous avons aussi diffusé 80 spots sur la première radio de France pour nous ouvrir aussi au grand public, à commencer par les salariés, qui sont de plus en plus nombreux à vouloir être mieux reconnus dans l’entreprise et à retrouver du sens à leur travail. Les retours que nous avons sur cette campagne sont très positifs. Nos interlocuteurs en externe trouvent la campagne réussie et la nouvelle marque plaît beaucoup. En interne, les Scop affichent leur satisfaction et leur fierté d’appartenance à notre Mouvement. Cet élément est tout à fait déterminant car le premier vecteur de création de nouvelles Scop, notamment pour les transformations d’entreprise, ce sont les Scop elles-mêmes lorsqu’elles rencontrent d’autres entreprises dans leur branche d’activité ou sur leur territoire. Enfin, au plan quantitatif, notre site internet a vu son trafic s’accroître de près de 40%. Bien qu’orientée sur la notoriété et l’image, la campagne a permis aussi de créer des contacts sur des projets de Scop qui peuvent aboutir cette année.

Q. : Comment expliquez-vous que le modèle coopératif soit parfois plus compétitif face à d’autres types d’entreprises ?

R. : Le modèle coopératif est doublement compétitif dans le contexte économique mondial d’aujourd’hui. Il l’est par sa vision à long terme et sa priorité à conserver une forte part des richesses qu’il crée dans l’entreprise au service de sa pérennité. Il l’est aussi par sa capacité à répondre à la demande des salariés en demande d’autonomie, de participation, de reconnaissance, de partage collectif.

Q. : Dans une carte blanche dans le journal « Le Monde » (19.04.10), vous affirmez que les Scop permettent de pérenniser des entreprises et d’ancrer durablement leurs emplois au cœur des territoires. Comment cela est-il possible ?

R. : C’est une réalité. Sur les dix dernières années, l’industrie en France a perdu des milliers d’emplois alors que les Scop de ce secteur sont parvenues à maintenir leurs effectifs, voire même parfois à en créer. Grâce à leurs réserves impartageables et à une gestion prudente, les Scop ont été mieux à même de traverser la crise financière depuis 2008 que les autres PME, tout en subissant les mêmes difficultés de baisse de chiffre d’affaires et de pression concurrentielle sur leurs prix et leurs marges.

Q. : Est-ce que l’on peut dire que depuis la crise, la manière dont les Scop sont perçues est différente et qu’il existe une réelle prise de conscience de leur potentiel ?

R. : C’est indéniable. Le modèle des Scop intéresse beaucoup plus les acteurs économiques et les leaders d’opinion depuis le déclenchement de la crise de 2008. Toutefois, cette marque d’intérêt ne se traduit pas encore par une hausse de nos créations de Scop. Bousculer les idées reçues et se faire connaître prend du temps.

Q. : Aujourd’hui justement, face au marasme économique (entreprises en difficulté, dépôts de bilan, licenciements), quels sont les enjeux de la reprise d’entreprises par leurs salariés ?

R. : Ils sont importants. Ils concernent certes les entreprises en difficulté confrontées aux excès dévastateurs du capitalisme financier qui impose sa logique de profit immédiat et maximum. Mais ils concernent tout autant voire davantage encore, les entreprises en bonne santé car bon nombre d’entre elles ont des dirigeants qui vont partir en retraite après avoir développé pendant 20 ou 30 ans un bel outil de travail, et qui pourraient se retrouver en situation de fragilité si elles sont reprises en main par des investisseurs ou repreneurs financiers. Dans ce contexte, la reprise d’entreprise par les salariés est une vraie alternative car les salariés connaissent bien l’entreprise et sont les mieux à même d’en assurer la continuité. Ils sont aussi les premiers motivés à préserver leur propre emploi. Reste à les convaincre qu’ils en sont capables et à identifier la ou les leaders qui peuvent conduire le projet.

Q. : Concernant la campagne que CECOP-CICOPA Europe a lancée au niveau européen (cf. www.sustainableemployment.eu), quel rôle peuvent jouer les coopératives en terme d’emploi selon vous ?

R. : Il est évident. Par nature, les coopératives ont vocation à rendre service à leurs membres et non pas à faire fructifier le capital des actionnaires. Dans les coopératives de travail dont font partie les sociétés coopératives et participatives, les membres de la coopérative sont les salariés eux-mêmes avec pour finalité première de pérenniser l’outil de travail pour préserver et développer les emplois, en quantité et en qualité. Heureusement, de très nombreuses entreprises traditionnelles ont à cœur de maintenir leur activité et leurs emplois. Mais avec toujours le risque que la finalité patrimoniale finisse par l’emporter, comme on le constate tous les jours en lisant la presse économique avec les restructurations et délocalisations abusives. Dans les coopératives de travail, l’emploi est la finalité même.

www.les-scop.coop