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Donner du sens au travail à l’heure de l’économie numérique

31 janvier 2018

Giuseppe Guerini, Président de CECOP – CICOPA Europe, intervenait ce mercredi 31 janvier 2018 au Parlement européen dans le cadre d’une table ronde sur l’avenir du travail intitulée « The role of the Social Economy in shaping the Future of Work ».

Organisée par les eurodéputés Jens Nilsson et Elena Gentile (groupe S&D) et Social Economy Europe, la table ronde a réuni des acteurs de haut niveau dont le ministre luxembourgeois Nicolas Schmit, le Président du Comité économique et social européen Georges Dassis, le secrétaire d’Etat slovène Tadej Slapnik, Baudouin Baudru comme représentant de la Commissaire européenne Marianne Thyssen et Vic Van Vuuren pour l’Organisation internationale du travail.

L’intervention de M. Guerini s’est focalisée sur le rôle que les coopératives, en tant que modèle entrepreneurial, sont amenés à jouer dans une économie qualifiée trop souvent indifféremment de « numérique » ou « collaborative » : « L’économie numérique et l’augmentation de la productivité se caractérisent par l’énorme rapidité avec laquelle les valeurs économiques s’accumulent, mais aussi par des niveaux de concentration de la richesse, de la valeur économique produite et de pouvoir chez très peu de personnes. »

Cependant, si une caractéristique de l’économie numérique est « de favoriser la croissance des inégalités, il reste nécessaire de reconnaître que le potentiel d’ouverture et d’interconnexion horizontale qu’apportent les nouvelles technologies comporte une énorme possibilité de développer des formes de démocratie et de participation économiques ».

Ce n’est pas une coïncidence si l’économie collaborative se développe grâce à l’accessibilité et au potentiel des technologies numériques, poursuit M. Guerini. Une croissance qui s’accompagne « également de beaucoup de confusion, ne serait-ce que du point de vue terminologique, en fait il y a le risque de définir tout ce qui se développe à travers une plate-forme informatique, come économie collaborative ». Et de préciser :

« Dans de nombreux cas, notamment les plus performants sur le marché, la « collaboration » ou le partage implique les moyens de production, le risque d’une entreprise, la chaîne de distribution du produit-service, sans concerner la valeur ajoutée ou la richesse produite au contraire « optimisée » et extrait du gestionnaire de la plate-forme, avec l’effet paradoxal et ironique d’appeler économie du partage une réédition numérique de l’ancienne « économie extractive » où il y a très peu de partage et de collaboration. »

« En effet, l’un des gros problèmes auxquels nous devrons faire face concerne d’une part l’accessibilité à ces nouvelles technologies, d’autre part quels mécanismes de gouvernance et de régulation doivent être mis en place pour prévenir les énormes potentiels de développement de l’économie numérique concentrer dans quelques mains comme, à mon avis, cela se passe déjà trop vite. »

Dans ce contexte, la vision des entreprises de l’économie sociale et en particulier du modèle coopératif représente une opportunité pour assurer la possibilité de maintenir la démocratie dans l’évolution de la société des communications et de l’intelligence artificielle. En d’autres mots : Les coopératives, même lorsqu’elles utilisent les nouvelles plateformes technologiques de connexions et de collaboration, peut être « bien plus qu’un espace virtuel de collaboration, mais un lieu réel et substantiel de partage. »

Si donner aux gens du capital social et des instruments de participation et de leadership économique n’augmente pas leur richesse matérielle, « cela permet du moins de contenir et réduire les inégalités et d’augmenter le « partage » des biens et services par des formes réelles et égales ».

Pour M. Guerini, « les processus relationnels et la production de biens symboliques et relationnels (service aux personnes, gestion du patrimoine culturel, processus de participation, gestion des services) sont des domaines dans lesquels les coopératives possèdent une vocation naturelle et peuvent y exprimer un avantage compétitif ».

Passant ensuite en revue différentes tendances et scénarios concernant l’avenir du travail, M. Guerini à souhaiter terminer son intervention par un appel aux coopératives « donner des réponses beaucoup plus articulées que l’organisation optimale du travail, ou la couverture contractuelle, pour mettre en place une dimension de sens dans l’organisation de l’économie du travail ».

Pour ce faire, a-t-il conclu : « nous devons apprendre à gouverner et intégrer les nouvelles technologies dans nos organisations, afin de mieux développer leur fonction de mutualisation des besoins de travail et de partage de la valeur produite. Mutualiser l’identité et la solidarité dans un destin commun, contribuer à construire une communauté d’appartenance et de protection, donner de la dignité et ouvrir des espaces pour donner légitimité et citoyenneté aux diverses formes de travail… »