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Cultural.coop, réinventer le travail culturel

24 juin 2016 English ] [ français ]

« La vie des travailleurs culturels est compliquée et contradictoire ; l’insécurité, les bas salaires, les longues heures de prestation, la pression et l’incertitude sont souvent le prix à payer pour un certain degré de plaisir et d’autonomie professionnelle » fait remarquer Marisol Sandoval, professeur-chercheuse-chargée de cours – maître de conférence au Centre pour la culture et les industries créatives à la City University de Londres. Au cours de ces deux dernières années elle a mené des recherches sur les coopératives culturelles au Royaume-Uni. « Les industries culturelles exploitent systématiquement la passion et l’enthousiasme des travailleurs culturels : stages impayés, travail gratuit, contrats d’emplois précaires et sous-payés. Pourtant les emplois culturels restent très populaires – et quand faire un travail qu’on aime apparaît comme un privilège, renoncer à la sécurité de son emploi ou à sa protection légale peut sembler un sacrifice admissible ».

Sandoval est également co-fondatrice du site web Cultural Coops récemment mis en ligne et qui a pour vocation de fournir une plateforme de recherche de solutions alternatives au travail culturel exploité et précaire.

« Le site Web veut d’une part augmenter la visibilité du modèle coopératif comme alternative au travail culturel exploité et individualisé » précise Sandoval. « Il essaye en plus d’encourager la coopération des coopératives culturelles en fournissant une plate-forme de partage des idées, de l’information et des ressources ».

Cultural.Coop comprend un annuaire des coopératives culturelles du Royaume-Uni en continu développement. Il reprend également des exemples de coopératives culturelles et des vidéos présentant les coopératives Ceramics Studio et Calverts conception et impression. Toutes deux basées à Londres elles illustrent deux modèles différents de fonctionnement des coopératives culturelles.

La création du site Web Cultural Coop a aidé à relier entre elles les coopératives culturelles du Royaume-Uni. Le 20 mai, s’est tenue à Londres la première réunion coopérative culturelle. Ce fut un jour complet de discussions sur les défis que les coopératives culturelles doivent relever et sur la manière dont elles peuvent collaborer pour y parvenir. Les participants ont convenu qu’une audace sans borne est nécessaire pour imaginer les voies vers un avenir plus juste, plus démocratique et égalitaire pour tous.

« Les coopératives de travail associé ont un rôle important à jouer dans un tel mouvement. Elles montrent dans la pratique que la copropriété, la prise de décision collective et la démocratie économique proposent une authentique alternative. Elles contribuent à l’autonomisation parce qu’elles ne sont pas qu’une opportunité d’exiger le changement : elles sont aussi le moyen de le créer » poursuit Sandoval. « Refuser la concurrence et commencer à coopérer est un acte de résistance. C’est le refus d’accepter une sous-rémunération constante, des dates-butoirs impossibles, l’intimidation, l’exploitation, l’individualisme et la concurrence comme éléments nécessaires du travail culturel. Au lieu de cela les coopératives créent une culture d’aide, de solidarité et de coopération mutuelle ».

Mais le démarrage et la gestion une coopérative n’est pas toujours chose facile. Bien que les coûts d’investissement dans le secteur culturel soient d’habitude relativement bas, faire fonctionner une coopérative implique toujours beaucoup de temps et certaines ressources financières. Le défi permanent de trouver une manière de générer assez de revenus pour assister tous leurs membres sans devoir accepter un compromis sur les principes coopératifs peut mettre les coopératives sous pression.

« Les coopératives ont donc besoin de se soutenir mutuellement. Elles doivent appliquer scrupuleusement le principe 6 et travailler ensemble. Si les coopératives veulent accroître leur influence elles doivent non seulement coopérer pour partager des informations, des qualifications et des ressources mais aussi faire campagne pour un changement structurel » conclut Sandoval. « Ensemble les coopératives peuvent formuler des demandes politiques pour des réformes qui faciliteraient le démarrage et la gestion d’une coopérative comme par exemple des opportunités de financements publics, un revenu inconditionnel de base, l’accès libre et universel à l’éducation et aux soins pour les enfants. Mais les coopératives ne peuvent pas à elles seules changer les cultures capitalistes du travail. Afin d’augmenter leur capacité de créer le changement à grande échelle, les coopératives doivent collaborer avec les syndicats anciens et nouveaux, avec des groupes d’activistes et des mouvements sociaux pour créer un mouvement plus vaste qui envisage non seulement un changement radical mais se donne le pouvoir de le réaliser ».